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de l'Université de la e-Santé
24
Juin

3 questions à Marco Fiorini…

De la lutte contre le cancer, à la place de la France face aux GAFA, focus sur Intelligence Artificielle et santé

L’intelligence artificielle au service de la lutte contre le cancer est l’un des 4 projets majeurs définis dans le cadre du contrat stratégique de la filière industries et technologies de santé. 4 mois après la signature de ce dernier, retour sur les premières avancées de ce projet et son intégration au sein du « health data hub » avec Marco Fiorini, secrétaire Général de l’ARIIS.

Le contrat signé en février dernier matérialise l’ambition française d’être un acteur de poids au niveau mondial en termes d’intelligence artificielle en santé. À l’heure où les GAFA et autres IBM ont déjà des années d’avance en ce domaine, n’est-il pas trop tard pour les entreprises françaises ?

Je ne crois pas. Trop souvent, ces industries sont vues comme des concurrents aux moyens démesurés. La réalité est plus complexe je crois : il y a, d’une part, des alliances qui se signent entre les grandes industries françaises de la santé et ces industriels du numérique, preuve qu’un partage de savoir-faire est nécessaire, et qu’une capacité à déployer des solutions se fait toujours plus facilement en bonne entente qu’en opposition et concurrence frontale.

Par ailleurs, l’espace à sonder pour trouver des solutions innovantes est immense. La biologie est d’une complexité redoutable, les technologies informatiques avancent extrêmement vite – avec en particulier des technologies comme le single cell, et ce mélange de complexité fait qu’il y aura probablement des acteurs qui vont tomber sur des pépites, des filons qui pourront leur permettre d’accélérer avec des innovations particulièrement pertinentes pour le patient.

C’est notre capacité collective à se focaliser sur l’intuition de zones où ces filons seront les plus nombreux qui fera que la France gagne. L’État a mobilisé une masse d’argent, d’intérêt et de visibilité considérable autour des données en santé et de leur analyse. Vu l’expertise en médecine, biologie et capacité analytique nationale, nous ne sommes pas trop mal placés je crois.

Quelles sont les 3 principales avancées du projet « IA et cancer » réalisées ces derniers mois ?

De façon très concrète nous avons lancé cinq projets pilotes avec cinq leaders industriels qui sont des exemples d’analyses, d’études, qui seront menées demain de manière habituelle. C’est cinq typologies de projet travaillent sur des données qui existent déjà. En substance, nous souhaitons comparer, partager, apparier, enrichir et appliquer des outils d’intelligence artificielle à des données sur le cancer.

Plus précisément, un projet concerne la comparaison entre des données industrielles collectées pour une autorisation temporaire d’utilisation et des proxys que l’on peut trouver dans les bases publiques. Un projet porte sur la thématique du partage de données industrielles : il est fort probable que l’industrie soit demain un contributeur clés aux données disponibles dans les entrepôts publics.

Un projet consiste à apparier des typologies de données de nature différente afin d’affiner la connaissance de la prise en charge sur certaines aires thérapeutiques précises. Un projet concerne le reste à charge ; il vise à cartographier l’état de la question en fonction d’une typologie fine des cancers. Enfin, avec nous avons une typologie de projets qui vise à appliquer des outils de machine learning et d’intelligence artificielle autour des séquences de traitement.

Pour accélérer ce programme mais aussi plus largement le développement de l’intelligence artificielle en France quels sont, non pas les freins à lever, mais plutôt les avantages actuels sur lesquels industriels, startups, acteurs publics et institutionnels, professionnels de santé… peuvent s’appuyer ?

À l’échelle politique, nous percevons, nous, industriels, une vraie focalisation. On sent que le Gouvernement croit en l’intelligence artificielle et à son potentiel. Cela se traduit par une volonté affirmée d’avancer et nous percevons une volonté de dialoguer en bonne intelligence : c’est un signe extrêmement positif.

Le Health Data Hub travaille sur les données présentes à valoriser. C’est un premier pas fondamental mené avec une dynamique remarquable. D’autres actions complémentaires, comme le programme « diagnostique pour l’intelligence artificielle » premier « grand défi » en la matière, travaille les données stratégiques à venir, ce qui implique les sociétés savantes et leur capacité à utiliser la donnée pour la décision thérapeutique, ce qui est un complément intéressant pour une adoption par les praticiens de santé.

Ces deux visions réunies ont l’avantage de créer un avantage unique au monde : mettre à disposition de l’écosystème innovation une pléiade de données de typologies différentes et complémentaires pour cerner, comme à l’aide de plusieurs angles de vue, les pathologies et leur diversité.

Connaissant la dynamique des personnes en charge du Hub et du Grand Défi, cela est de très bon augure pour l’ensemble de l’écosystème, dont les industries de la santé pharmaceutique et diagnostique, qui choisissent de plus en plus la France comme terrain d’expérimentation numérique, voyant qu’elle arbore haut et fort cette ambition.